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Comment la maladie de Wilson est-elle diagnostiquée ?

Le diagnostic repose sur quatre piliers — la céruloplasmine sérique, le cuivre urinaire des 24 heures, l'examen à la lampe à fente pour les anneaux de Kayser-Fleischer et le test génétique ATP7B. Aucun test seul n'est concluant ; c'est l'ensemble du tableau qui compte.

La maladie de Wilson ne peut pas être diagnostiquée à partir d’un seul test. Le diagnostic se construit à partir d’un ensemble de résultats croisés sur quatre piliers, souvent assemblés par un spécialiste sur plusieurs consultations.1

1. Céruloplasmine sérique

La céruloplasmine est la protéine qui transporte le cuivre dans le sang. Dans la maladie de Wilson, elle est habituellement basse — typiquement en dessous de 20 mg/dL, souvent en dessous de 10 — parce que la protéine ATP7B défectueuse ne peut pas charger le cuivre sur la céruloplasmine dans le foie.12

Cependant, ce test a des limites réelles qu’il vaut la peine de connaître :

  • Faux négatifs : la céruloplasmine peut s’abaisser dans des états de perte protéique (syndrome néphrotique, dénutrition sévère) qui n’ont rien à voir avec le cuivre.
  • Faux normaux : la céruloplasmine est une protéine de la phase aiguë, de sorte qu’une inflammation, une grossesse ou l’utilisation d’estrogènes peut la faire remonter dans la normale même chez quelqu’un atteint de la maladie de Wilson.3

Une céruloplasmine basse est un signal fort, mais un résultat normal n’écarte pas le diagnostic.

2. Cuivre urinaire des 24 heures

Un recueil des urines sur 24 heures mesure la quantité de cuivre éliminée par les reins. Dans la maladie de Wilson non traitée, elle est habituellement supérieure à 100 µg par 24 heures (la normale est inférieure à 40 µg/24 h), reflétant l’excès de cuivre que l’organisme tente d’éliminer.23

Comme la céruloplasmine, ce chiffre n’est pas parfaitement spécifique — d’autres maladies hépatiques peuvent aussi élever le cuivre urinaire — donc c’est un élément parmi d’autres plutôt qu’une réponse à lui seul.

3. Examen ophtalmologique à la lampe à fente pour les anneaux de Kayser-Fleischer

Un ophtalmologue spécialisé utilise une lampe à fente pour rechercher un anneau brun-verdâtre au bord externe de la cornée. Ces anneaux, appelés anneaux de Kayser-Fleischer, se forment lorsque le cuivre se dépose dans les couches de la cornée.1

La sensibilité dépend beaucoup de la façon dont la maladie se présente :

  • Présents chez presque tous les patients atteints de la forme neurologique de la maladie de Wilson
  • Présents chez environ la moitié des patients qui ont une atteinte hépatique uniquement
  • Parfois absents même dans des cas confirmés13

L’examen doit être réalisé par un ophtalmologue expérimenté — les anneaux peuvent être discrets et faciles à manquer sans équipement et formation adéquats.

4. Test génétique — ATP7B

Le séquençage du gène ATP7B recherche des variants pathogènes qui perturbent la protéine transporteuse de cuivre. Lorsque deux variants pathogènes clairement identifiés sont trouvés — un sur chaque copie du gène — le diagnostic est confirmé.12

Le test génétique joue également un rôle crucial au-delà du patient lui-même : une fois qu’une personne est diagnostiquée, les proches du premier degré (les frères et sœurs en particulier) peuvent être testés. Étant donné que la maladie de Wilson est récessive, les frères et sœurs ont une chance sur quatre d’être atteints, souvent avant que le moindre symptôme soit apparu.

Quand le tableau est ambigu

Certains patients présentent un tableau ambigu — céruloplasmine quasi normale, un seul variant ATP7B identifié, ou des éléments cliniques atypiques. Dans ces cas, des examens complémentaires apportent des informations importantes :

Biopsie hépatique avec quantification du cuivre hépatique

Une biopsie hépatique mesurant la concentration réelle de cuivre dans le tissu hépatique est l’un des tests les plus directs disponibles. Un taux de cuivre hépatique supérieur à 250 µg par gramme de poids sec est fortement en faveur du diagnostic.4 Ce seuil fait partie du score de Leipzig (voir ci-dessous).

Test de provocation à la D-pénicillamine

Ce test mesure la quantité supplémentaire de cuivre excrétée dans les urines après administration d’une dose de D-pénicillamine. Il a été utilisé historiquement chez les enfants, mais son rôle chez les adultes s’est réduit à mesure que le test génétique s’est amélioré, et son interprétation est contestée dans les recommandations modernes.53 Si ce test vous est proposé, demandez à votre spécialiste s’il est le bon outil dans votre situation particulière.

IRM cérébrale

Chez les patients présentant des symptômes neurologiques, l’IRM cérébrale montre souvent des anomalies de signal caractéristiques dans les ganglions de la base — les structures profondes du cerveau qui contrôlent le mouvement. Un aspect spectaculaire mais reconnu est le signe dit de la « face du grand panda », causé par des anomalies de signal spécifiques dans le mésencéphale sur les images pondérées en T2.67 Les anomalies à l’IRM soutiennent le diagnostic et orientent les décisions thérapeutiques, mais ne sont pas nécessaires pour l’établir.

Le score diagnostique de Leipzig

Le score de Leipzig, publié pour la première fois en 2003, rassemble l’ensemble de ces éléments en un seul chiffre.4 Des points sont attribués pour une céruloplasmine basse, un cuivre urinaire élevé, des anneaux de Kayser-Fleischer, des symptômes neurologiques, un cuivre hépatique à la biopsie et des données génétiques moléculaires. Un score de 4 ou plus confirme le diagnostic ; un score de 3 suggère que des examens complémentaires sont nécessaires ; un score de 2 ou moins rend la maladie de Wilson peu probable. Les recommandations de l’EASL et de l’AASLD cautionnent toutes deux son utilisation.23

L’étape suivante la plus importante

Si on vous a dit ou à un membre de votre famille que la maladie de Wilson est possible, mais que le bilan est non concluant, une orientation vers un centre d’hépatologie expérimenté dans la maladie de Wilson est la chose la plus précieuse que vous puissiez organiser. Les centres spécialisés voient suffisamment de cas pour assembler le tableau complet avec précision et éviter à la fois le sur-diagnostic et le sous-diagnostic.

Cet article est destiné à l’éducation générale des patients et ne constitue pas un avis médical. Veuillez discuter de votre situation spécifique, de vos résultats d’examens et de toute décision thérapeutique avec un professionnel de santé qualifié.

Références


  1. Schilsky, Michael L., Eve A. Roberts, Jeff M. Bronstein, Anil Dhawan, Carla A. Friedman, Anna L. Czlonkowska, Aftab Ala, et al. “A Multidisciplinary Approach to the Diagnosis and Management of Wilson Disease: 2022 Practice Guidance on Wilson Disease from the American Association for the Study of Liver Diseases.” Hepatology 77, no. 4 (2023): 1428–1455. https://doi.org/10.1002/hep.32801. 

  2. European Association for the Study of the Liver. “EASL Clinical Practice Guidelines: Wilson’s Disease.” Journal of Hepatology 56, no. 3 (2012): 671–685. https://doi.org/10.1016/j.jhep.2011.11.007. 

  3. Członkowska, Anna, Tomasz Litwin, Petr Dusek, Peter Ferenci, Svetlana Lutsenko, Valentina Medici, Janusz K. Rybakowski, Karl Heinz Weiss, and Michael L. Schilsky. “Wilson Disease.” Nature Reviews Disease Primers 4, no. 1 (2018): 21. https://doi.org/10.1038/s41572-018-0024-5. 

  4. Ferenci, Peter, Karel Caca, Georgios Loudianos, Georgina Mieli-Vergani, Stuart Tanner, Irmin Sternlieb, Michael Schilsky, Diane Cox, and Frieder Berr. “Diagnosis and Phenotypic Classification of Wilson Disease.” Liver International 23, no. 3 (2003): 139–142. https://doi.org/10.1034/j.1600-0676.2003.00824.x. 

  5. Schilsky, Michael L. “Non-Invasive Testing for Wilson Disease: Revisiting the D-Penicillamine Challenge Test.” Journal of Hepatology 47, no. 2 (2007): 172–173. https://doi.org/10.1016/j.jhep.2007.05.002. 

  6. Atalar, Mehmet, and Nisa Başpınar. “‘Face of the Giant Panda’ Sign in Wilson Disease.” Turkish Journal of Neurology 25, no. 3 (2019): 175–176. https://doi.org/10.4274/tnd.2019.60863. 

  7. Thapa, Rajoo, and Apurba Ghosh. “‘Face of the Giant Panda’ Sign in Wilson Disease.” Pediatric Radiology 38, no. 12 (2008): 1355. https://doi.org/10.1007/s00247-008-1017-4. 

  8. Alkhouri, Naim, Regino P. Gonzalez-Peralta, and Valentina Medici. “Wilson Disease: A Summary of the Updated AASLD Practice Guidance.” Hepatology Communications 7, no. 6 (2023): e0150. https://doi.org/10.1097/HC9.0000000000000150. 

Ceci est de l'information destinée aux patients, pas un conseil médical. Consultez toujours votre propre équipe soignante pour les décisions concernant votre santé.